Fréquence Protestante – Michel Thierry Atangana : Le récit de 17 ans de calvaire

Atangana Frequence protestanteLe 3 octobre 2015, Michel Thierry Atangana a été pendant 1 heure l’invité de journaliste Antoine Kowalski dans l’émission Regards sur la Politique sur Fréquence Protestante. 

Lors de cette émission, le Français Michel Thierry Atangana est revenu sur ses 17 années de détention sans jugement au Cameroun, dans une cellule de 7m2 aménagée au sous-sol du Secrétariat de la Défense. 

Un témoignage poignant sur sa survie en cellule, sa libération et le combat qu’il continue de mener aujourd’hui. 

« Je m’attendais chaque jour à connaitre la mort »

En 1997, Michel Thierry Atangana est arrêté à Yaoundé par la police militaire. Il est détenu sans jugement, au secret, dans une cellule improvisée, dont il ne peut sortir que 2 heures par jour.

Les proches du Président camerounais Paul Biya le soupçonnent d’être proche de son opposant numéro 1 de l’époque, Titus Edzoa, qui est arrêté au même moment. 

Bien que Français et très connu sur la scène camerounaise, Michel Thierry Atangana disparaît du jour au lendemain. Tous ses biens sont saisis et sa famille est contrainte au silence. 

« On exigeait de moi que je dénonce les actes du candidat opposant à Paul Biya »

Très vite, on exige de Michel Thierry Atangana qu’il dénonce les actes de l’opposant au Président. Michel Thierry Atangana refuse. Il refuse pendant 17 ans, pendant lesquels il subsistera dans dans une cellule de 7m2, sans ouverture, dans une cave du Secrétariat d’Etat à la Défense.

 

Cellule Atangana
 
« Ma cellule était si petite que je ne pouvais même pas y étendre les bras. Le quotidien devient harassant quand vous vivez dans un espace si restreint, réduit à une vie végétativeLa seule chose à faire c’est s’asseoir et attendre que les heures s’égrainent. La douleur est telle qu’il est même difficile de se concentrer pour lire. » 
 
Harcelée et sans nouvelle régulière de son fils, la mère de Michel Thierry Atanaga meurt d’épuisement pendant sa détention. Il ne la reverra jamais vivante. Peu de temps après, sa soeur, qui lui rendait visite tous les jours, mais n’était que rarement autorisée à le voir, meurt à son tour. 
 
C’est finalement la mobilisation d’ONG comme Amnesty International, Freedom House ou la Fondation Kennedy, le soutien du Département d’Etat américain et l’intervention de l’ONU qui ont finalement rendu possible la libération de Michel Thierry Atangana.

« La France n’est intervenue auprès du Cameroun que 15 ans après le début de ma détention alors que chaque année, jusqu’en 2014, les américains n’ont eu de cesse de dénoncer mon dossier ! »

Michel Thierry Atangana adresse tous ses remerciements à François Hollande qui, contrairement à ses prédécesseurs, a évoqué son dossier avec Paul Biya. La France a, en effet, attendu pas15 ans avant d’intervenir en sa faveur auprès des autorités camerounaises.

Atangana François Hollande

C’est finalement l’intervention de l’ONU, par un avis de son Groupe de Travail sur la Détention Arbitraire, publié le 4 avril 2014, qui permet la libération de Michel Thierry Atangana.

« Après quatre années d’enquête, les Nations Unies ont pu prendre position. On peut dire que l’ONU m’a sauvé la vie » 
 
L’ONU exige trois choses du Cameroun : la libération de Michel Thierry Atangana, qui intervient le 24 février 2014, par décret présidentiel ; des sanctions contre les responsables de son emprisonnement ; une indemnisation. A ce jour, seule la libération est intervenue. 
  
Michel Thierry Atangana poursuit donc son combat pour que les recommandations de l’ONU soit appliquée.

« Mon combat, c’est l’application de la décision des Nations Unies. Il n’y a pas de raison que la France laisse l’un de ses citoyens se faire broyer par un autre pays. Je ne veux pas de pitié. Je veux l’application du droit et rien que du droit. En espérant que mon combat permette de faire avancer la démocratie au Cameroun, et partout dans le monde. Si mon cas peut servir d’exemple, tant mieux. Moi je ne cesserai pas de me battre avant que justice soit faite ». 

Pour réécouter l’émission :